Arrestations, expulsions, pressions et menaces en tout genre. Les tournages de Thierry Michel ont rarement été de tout repos…
Lundi 20 juillet, suite à l’interdiction de la projection de son film Katanga Business à Kisangani, Thierry Michel était brièvement interpellé et subissait un interrogatoire avant d’être relâché. Quelques jours plus tard, il lançait cet appel au secours : « Mon assistant réalisateur en RDC (tout le périple de Congo River et partiellement Katanga Business), Guy Kabeya, lui-meme cinéaste et auteur de plusieurs documentaires et d’un moyen-métrage de fiction, vient de recevoir 3 messages de menaces successifs sur son téléphone portable ce dimanche 9 aout.

 

1er message : « Tu as des comptes à rendre au gouvernement congolais M. Guy Kabeya à cause de ton Thierry Michel ».

2e message : « Bientôt tu seras un coli dans un cercueil ».

3e message : « sache que le milieu où tu es, c’est un milieu hostile pour toi ».

 

Depuis Guy Kabeya a quitté sa maison avec son épouse. Il s’est réfugié dans un hôtel et n’ose plus en sortir. Il a changé de numéro de téléphone.
Il termine son dernier message par « j’ai peur, ne me lâchez pas SVP ».
Je suis inquiet pour lui, car il a déjà vécu voici quelque temps une première agression, suivie d’un rapt par des civils qui l’ont de nuit emmenée dans un terrain vague pour y simuler une exécution, avant de l’abandonner sur place. »

 

Le métier de cinéaste peut-être dangereux, Thierry Michel le sait depuis longtemps. Le réalisateur de Mobutu Roi du Zaire ne compte plus les mésaventures fâcheuses lors de ses tournages. Quelques exemples édifiants :

 

Issue de secours : Arrestation au Maroc en plein désert à l’Est de Tan Tan au milieu des années 80. Scénario de western avec embuscade en plein désert, mise en joue et interrogatoire serré dans une geôle tout sauf accueillante. Le cinéaste est soupçonné à tort d’espionnage pour le compte du fond Polisario… Souhel Ben Barka, directeur de la cinématographie marocaine, le sortira de ce mauvais pas.

 

Les derniers colons : Durant les repérages pour ce documentaire, en 1993, première arrestation à Lubumbashi parce qu’il avait fait une photo de la cheminée de la GCM à l’arrêt. Plus tard, un civil lui pointe un revolver sur la tempe et l’emmène dans les locaux de la garde présidentielle, d’où il sera extrait grâce à un subterfuge.
Ensuite revenu au Zaïre de Mobutu pour le tournage du film en 1994, avalanche de menaces (pneus crevés, intimidations), et nouvelle arrestation par le chef de la sûreté et dans… les locaux diplomatiques belges. Mise au cachot, isolement, puis expulsion après 2 jours d’interrogatoire serré pour « activités suspectes et intelligence pour le compte d’une puissance étrangère », comme annoncé le directeur de cabinet du ministre « Le serpent (services de la sûreté) va te piquer.`

 

Iran sous le voile des apparences : Arrestation en septembre 2001 lors d’une manifestation interdite de solidarité avec les victimes du 11 septembre et contre le terrorisme (filmée par une caméra cachée). Le cinéaste sert (non sans imprudence) d’appât, attirant l’attention pendant que deux autres cameramen iraniens continuent à filmer ! Il en sortira vivant, à la différence d’une journaliste canadienne sortie en cercueil de sa prison après avoir été arrêté pour avoir pris en photo la fameuse prison d’Evine.

 

Congo River : Trois gardes à vues en casernes, de nombreuses arrestations et interpellations et tracasseries administratives durant les 6 mois de voyages sur le fleuve Congo. La liste n’est pas exhaustive.

 

Et ne se limite pas aux régions lointaines, puisque Thierry Michel connut ses premiers gros ennuis… en Belgique, quand son projet de film sur les grèves de 1960, Hiver60 (finalement réalisé en 1962) fut de facto interdit de production durant des années par plusieurs ministres refusant de signer de l’avis pourtant unanimement positif de la Commission de Sélection…
LD